SARCOPHAGES  SYRIENS

SARCOPHAGES  SYRIENS

Sarcophages syriens” est un projet de l’artiste Nizar SABOUR. Inspiré par les civilisations anciennes, il a pour but d’honorer la vie et l’œuvre de figures de l’art syrien (peintres, poètes, romanciers, musiciens…). L’originalité de son travail est de souligner l’importance de protéger le patrimoine culturel face à la violence, la vie face à la mort. Il nous fait grand honneur de présenter ce projet, important pour la Syrie mais aussi pour la mémoire culturelle mondiale. Nous sommes convaincus que la production artistique, quelle que soit l’identité ou la nationalité de son auteur, a une importance pour l’humanité entière. Nous croyons également qu’honorer les vivants est aussi essentiel qu’honorer les morts. L’étude qui suit, réalisée par Natalia Mikhalovna et Mahar Dawood, examine la teneur et les sources du projet “Sarcophages syriens”, sous l’angle du message de Nizar Sabour: l’ennemi de la créativité n’est pas la mort mais l’oubli.

 Bonne lecture!

L’équipe Arte Arta

Dans cet article nous examinons les différents “sarcophages” constituant ce projet et les sources de leurs caractéristiques iconographiques. Parmi ces sources, certaines se détachent particulièrement, notamment les vestiges de l’art ancien de Syrie (des statues de Palmyre aux icônes médiévaux) et les œuvres des artistes eux-mêmes, thème central de chaque sarcophage. Cette étude explore l’approche de Nizar Sabour envers le patrimoine artistique et la mémoire culturelle, qu’il réinterprète d’une manière frappante et originale.

Le 20 mars 2019, l’exposition de Nizar Sabour a été inaugurée au Centre national des arts visuels à Damas, dévoilant au public une série d’œuvres inédites réalisées entre 2017 et 2018: “Sarcophages syriens”. Chaque sarcophage est dédié à une personnalité marquante de la culture nationale – du domaine de l’écriture et de la poésie, de la peinture, de la musique et d’autres domaines encore. Au total, l’exposition comprenait 55 oeuvres. Ceux-ci ne sont pas destinés à la vente individuelle; en effet, leur auteur souhaite les voir transférés tous ensemble dans une collection permanente.

Dans une entrevue accompagnant le vernissage, Nizar Sabour déclare: “Nous avons connu des années de mort incessante durant cette guerre. Le fleuve de la mort est parallèle au fleuve de la vie; les deux ont le même débit. La valeur de la vie découle de ce qu’on en fait lorsqu’on en dispose, de nos apports, de notre générosité d’esprit. C’est toujours ce qui me motive. Je pense que chacune et chacun de nous a du mérite; si j’en avais les moyens, je présenterais au moins 350 Syriens ayant vécu ces dernières décennies, que je considère comme des monuments incontournables de notre culture.

Mais le fait est que nous sommes contraints par le format de l’exposition, et qu’il faut choisir des personnalités dont le nom résonne dans le paysage culturel, artistique et social national.”

Le titre du nouvel opus de Nizar Sabour, “Sarcophages syriens”, n’est pas un hasard: il se réfère aux fouilles archéologiques de la seconde moitié du 20e siècle, qui ont mis au jour, pour la première fois, des sarcophages phéniciens – à Tartous, une cité sur la côte méditerranéenne, mais aussi à d’autres endroits: Ram El-Dahab, Al-Hamrat, Al-Marah et Amrit.

Ces sarcophages phéniciens ont été à l’origine qualifiés de “sarcophages anthropoïdes” (du grec anthrōpos, humain) par l’archéologue français Adrien Prévost de Longpérier; plusieurs autres ont ensuite été découverts dans une zone s’étendant de la Phénicie jusqu’à la côte sud de l’Espagne. On peut les admirer dans divers musées du monde entier, notamment le Musée égyptien de Berlin, le Musée métropolitain de New York, le British Museum à Londres, le Carlsberg Museum à Copenhague, le Musée du Louvre à Paris, les musées de Hanovre, de Beyrouth, et du Caire, la Cathédrale de Tartous et le Musée national à Damas.

Tous ces sarcophages ont nombre de caractéristiques communes: en général, ils reproduisent la forme d’un corps humain, et comprennent deux éléments: un coffre et un couvercle ornemental d’environ 2 mètres de long. Sur le dessus est représenté un visage humain, masculin ou féminin. Le reste du corps n’apparaît aucunement, ni peint ni sculpté, ni symbolisé par des vêtements ou d’autres techniques; seule la forme du sarcophage – les épaules et la taille – évoque un personnage humain. On pense que les différents types de sarcophages anthropoïdes remontent à l’Égypte ancienne, et que leur usage s’est perpétué dans la région d’Amrit dans les couches supérieures de la société, car on en a retrouvé dans des cimetières de différentes régions. À noter qu’aucune marque ou caractéristique spéciale ne permet de distinguer un sarcophage d’un autre. Par leur style, les sarcophages phéniciens dénotent des influences égyptiennes, perses et grecques.

L’archéologue syrien Muhammad Raif Haykal rappelle que “les Phéniciens croyaient que l’âme humaine ne disparaissait pas à la mort, mais entrait dans un état de tranquillité proche du néant, qu’elle ne quittait pas entièrement le corps mais restait à ses côtés, au cimetière. C’est pourquoi ils veillaient à enterrer leurs morts dans un endroit sûr. Les corps des souverains et des notables étaient enfermés dans d’épais sarcophages en pierre; les gens du commun devaient se contenter d’un cercueil de bois ou d’un linceul de palmes. La présence de sarcophages anthropoïdes dans le cimetière reflète les croyances religieuses de l’époque, mais nous renseigne aussi sur le fonctionnement de la société, notamment le rang social et le statut des familles dans la société. Leur fonction ne relève pas seulement du sacré mais aussi de la hiérarchie et des rites socioculturels.Sarcaphes

Dans ce sens, l’idée à la base du projet de Nizar Sabour résonne remarquablement bien avec celle des sarcophages phéniciens. Il souligne lui-même que ses sarcophages ne symbolisent aucunement la mort des figures qu’ils illustrent: “Les sarcophages n’étaient confectionnés que pour les personnages de haut statut, qui avaient apporté beaucoup à leur collectivité. Je me suis intéressé à la fois à leur contribution sociale et à leur apport esthétique; dans des musées du monde entier, on trouve des portraits du Fayoum qui ont chacun leur style spécifique, comme toute représentation graphique a sa forme bien à elle.”

Bien que le titre de l’exposition évoque la relation à l’au-delà, et soulève des questions sur la création artistique qui accompagne les rites funéraires (des masques directement coulés en plâtre ou en cire sur le visage et le buste du mort, aux momies qui l’enveloppent de chanvre et de papyrus). D’ailleurs, “Sarcophages syriens” ne comprend que sept pièces dédiées à des personnalités  décédées ; les autres sont toujours en vie.Sarcophaguses

pic 3 SarcophagusesDans ce contexte, “Sarcophages syriens” relève d’une pratique courante dans l’histoire de l’art : un artiste en choisissant un autre comme sujet. On n’a qu’à penser à certains tableaux de Raphaël, à Mary Cassatt de Degas, au Van Gogh de Gauguin, aux portraits croisés de Picasso et Modigliani, parmi tant d’autres exemples. En examinant les détails formels des œuvres, on découvre que leurs mesures reflètent fidèlement celles des sarcophages antiques: 160 cm de hauteur pour 32 cm de large. Le rapport entre longueur et largeur remonte aux traditions esthétiques de la région, revendiquées par Nizar Sabour.

 

pic 4 SarcophagusesLa description de l’artiste souligne également des caractéristiques de l’art funéraire de l’Égypte ancienne tardive, notamment les portraits dits “du Fayoum”, qui ont remplacé les masques mortuaires égyptiens. Rappelons que les premières images du Fayoum sont apparues vers le milieu du 1er siècle de notre ère, c’est-à-dire à l’apogée du règne des Romains sur l’Égypte. Dans la tradition romaine, les bustes des ancêtres étaient quasi sacrés – c’est pourquoi ils s’efforçaient d’atteindre la plus haute ressemblance afin de rester liés aux âmes des défunts. Sur cette terre, le portrait du Fayoum protégeait l’âme de l’oubli et de la déréliction.

Dans “Sarcophages syriens”, on observe une similitude entre les sarcophages et les portraits du Fayoum. Tout d’abord, dans le positionnement de l’image et l’arrangement de ses parties. Dans la tradition fayoumique, les images sont apposées directement sur le corps momifié, souvent par des bandelettes de chanvre enduites de colle, afin de mettre en valeur le visage aux dépens du corps, complètement recouvert de bandelettes. Parfois, les pieds et les mains étaient ajoutés en sculpture, en collage ou en dessin, comme c’était souvent le cas pour les momies du début du 1er siècle exhumées dans la ville de Huwara. Dans son projet, Nizar Sabour reproduit cela à travers son propre langage artistique.

On voit ainsi des mains apparaître dans les “sarcophages de Lattaquié”: Safwan Dhahoul (né en 1961) et Elias Zayat (né en 1935). Dans le cas du célèbre peintre Milad Al-Shayeb (1918-2000), les deux palmes semblent imprimées sur la toile.pic 5 Sarcophaguses

Une autre caractéristique des images du Fayoum qui a inspiré notre artiste est la ressemblance frappante entre le portrait et le personnage qu’il représente.

“Les premières images du Fayoum étaient des portraits au sens propre du terme”, explique Strelkoff dans son ouvrage Portraits du Fayoum. On pense que ces portraits ont été peints avant la mort de leur sujet, puis conservés dans leur maison pour être ensuite inhumés avec la momie.

Dans l’œuvre de Nizar Sabour, ces images momifiées depuis l’Antiquité ont été remplacées par des photographies en noir et blanc des personnalités mises à l’honneur. L’artiste imprime l’image sur une toile par impression laser, en plusieurs étapes: d’abord, il applique une couche uniforme de colle sur l’image imprimée (sur un support acrylique mat); il l’applique ensuite sur la toile en prenant soin d’éliminer les bulles d’air et d’ôter la colle excédentaire autour de l’image. Après l’avoir laissée sécher pendant au moins 8 heures, il l’essuie au moyen d’un chiffon ou d’une éponge humide pour la décoller, de façon que la photo se décalque sur la toile en image miroir.

Un détail commun crucial entre les ouvrages de Nizar Sabour et les portraits du Fayoum: les dorures ornant chaque portrait. Dans les portraits du Fayoum, l’or sert à transformer l’image de la personne en une représentation éternelle sublimée, distincte du portrait terrestre, en lui conférant une aura de solennité et de vénération. Les spécialistes soulignent que dans les portraits du Fayoum, l’arrière-plan n’était pas doré à l’origine; l’or était appliqué une fois l’image insérée dans les bandelettes. D’autres éléments dorés – couronnes, étoiles – ne servaient pas seulement de décoration mais avaient une signification bien précise, soulignant le statut du défunt. Le processus porte le nom de “stencilage”, effectué par après; les dorures n’étaient dévoilées que lors du rituel funéraire de l’apposition de l’image.

Nizar Sabour distingue les sarcophages des vivants de ceux des morts à travers la couleur de l’auréole délimitant le halo doré autour de la tête de la personne représentée. Une ligne bleue indique les personnalités décédées, tel Louay Kayali (1934-1978), tandis qu’un cercle rouge signale les personnes vivantes, comme sur le sarcophage de Safwan Dahoul (né en 1961). La seule exception est le cercle violet entourant le halo de Fateh al-Moudarres (1922-1999), que Nizar Sabour considère comme “le hérault des arts graphiques en Syrie, non au sens religieux mais symbolique”.

pic 6 SarcophagusesTous comportent un halo, une auréole ou un cercle de lumière autour de leur tête, rappelant les icônes religieuses. Au tournant du siècle, Nizar Sabour a récupéré quantité d’images et motifs de l’art sacré, afin de produire une “icône contemporaine” véritablement démonstrative. Cette aura typique des “Sarcophages syriens” est accentuée par l’usage d’étapes techniques utilisées dans la réalisation des icônes médiévales, considérées comme des “prototypes” ou des influences majeures pour son art. Ces étapes processuelles ont été mises en pratique dans un contexte inédit: les photographies remplacent le dessin linéaire traditionnel et la silhouette vénérée, et le jeu de clair-obscur laisse place à une transition du noir et blanc vers la couleur. Par ailleurs, il apparaît une relation entre le centre du message et le centre de la forme, l’artiste accordant une grande attention au mouvement de la main du personnage, à sa gestualité, qui rappelle souvent une attitude de prière. Nizar Sabour souligne que le geste de la main – paumes ouvertes comme pour toucher la lumière provenant de l’extérieur – a pour lui une forte connotation émotionnelle. On retrouve des gestes similaires dans les œuvres de son peintre d’icônes russe préféré Théophane le Grec, l’auteur des fresques de l’église de la Transfiguration-du-Sauveur à Novgorod (1378), où il dépeint saint Macaire d’Égypte et saint Daniel le Stylite dans cette même posture, les mains levées ; Sabour les reproduit sur les sarcophages de Sarah Shamma, Saad Yakan et Milad al-Shayeb.

Au vu de la trajectoire de l’artiste, ces détails ne sont pas un hasard, mais le résultat de son travail approfondi sur l’iconographie traditionnelle et les techniques anciennes et médiévales. Ils sont devenus chez lui des archétypes graphiques tirés de la tradition, intégrés dans son langage artistique et parties intégrantes de son style propre. On comprend mieux ainsi le leitmotiv des personnages auréolés sur les “Sarcophages syriens”.

pic 7 SarcophgusesLes motifs graphiques ne s’inspirent pas seulement de l’histoire, mais aussi de l’œuvre des personnages mis à l’honneur. La partie médiane des sarcophages est parfois ornée de détails (souvent modifiés) de leurs ouvrages. Sur les anciens sarcophages, cette partie était en général décorée de motifs variés, ayant une signification symbolique et rituelle pour la préservation du corps momifié. Les “corps” des personnes honorées par Nizar Sabour intègrent leurs propres créations artistiques, comme si elles faisaient partie de leur essence corporelle et spirituelle.

Prenons par exemple le “sarcophage” de Mahmoud Hammad, pour qui l’artiste a choisi une peinture de 1977 tirée de la collection du Musée arabe d’Art moderne de Mathaf. Il restitue avec précision des éléments de l’œuvre de Hammad, en l’adaptant subtilement à la forme et aux dimensions du sarcophage.

Il a également modifié l’orientation du tableau, ainsi que certaines couleurs. La fidélité de la restitution de l’artiste révéré, au sein de l’œuvre du présent créateur, constitue une sorte de confirmation, donnant le ton au projet global. En même temps, cela allège les questions liées aux droits de propriété artistique de l’auteur originel.

Un autre exemple marquant est celui du sarcophage de Safwan Dahoul, connu pour ses peintures en camaïeu, explorant toutes les nuances d’une couleur. Depuis les années 80, celui-ci travaille sur l’ensemble “Rêves”, qui explore le thème de l’humanité intime – souvent féminine – sous l’angle de l’unité et de l’attente. En particulier, il revisite constamment l’image d’une chaise vide à une table –et c’est le thème choisi par Nizar Sabour pour son sarcophage.pic 8 Sarcophguses

Ses choix sont donc délibérés, et deviennent une marque distinctive de chaque personnage sur son sarcophage.

Ses travaux précédents démontrent déjà un nouvel usage des formules graphiques, tel le sarcophage de Louay Kayali, pour lequel Nizar Sabour a choisi le motif du plat d’olives. Cette image est apparue dans ses œuvres de 2015-2016, qui soulignent de diverses manières la signification symbolique du plat d’olives: “Dans la fureur des batailles, la mort et la peur, nous cherchons des solutions en notre for intérieur. Comment trouver ce qui unit les Syriens, leur point commun? Ce n’est ni la géographie, ni la nature, ni la culture nationale, ni même le nom du pays, qui les a rassemblés. Mais ce plat d’olives les réunit tous: on le trouve sur toutes les tables, dans toutes les familles, riches ou pauvres, quelles que soient leur origine, leur religion, leurs croyances… La politique divise le peuple, l’art le rallie.” Les motifs inspirés du plat d’olives sur le sarcophage de Kayali sont en parfaite harmonie avec le thème central de l’œuvre de cet artiste, qui n’a eu de cesse de dénoncer les problèmes sociaux qui assaillent l’humanité, et profanent l’intimité des pauvres, accablés par les rigueurs de l’existence.Kayali Sarcophguses

En conclusion, les “Sarcophages syriens” de Nizar Sabour sont une synthèse d’expériences artistiques de différents moments de l’humanité. C’est une façon pour lui de restituer des siècles d’histoire culturelle, artistique et historique, sur la base des enseignements de civilisations anciennes, remettant au jour des traditions esthétiques de la Syrie et mettant à l’honneur le travail d’artistes contemporains.

Ce projet sériel est fondé sur l’étude consciente des sarcophages et motifs funéraires anciens, tels que les a mis au jour l’archéologie. Il ne vise pas à souligner la relation de l’humain avec la mort, mais à ouvrir un dialogue sur l’expression artistique inhérente aux rites funéraires (masques et bustes mortuaires en cire ou en plâtre, fresques et mosaïques, chanvre et papyrus utilisés pour la momification).

Il a recours à des techniques rappelant l’iconographie médiévale, en leur conférant de nouveaux contenus symboliques aux connotations inédites. Toutes ces “formules graphiques” d’inspiration historique subissent un double traitement artistique – d’abord à travers l’œuvre des figures célébrées, puis à travers l’expérience propre et le langage esthétique de Nizar Sabour.

Celui-ci soulève une question importante de l’art syrien contemporain: la relation entre l’art sacré et l’art “civil”, profane, et la possibilité d’une compréhension commune de l’esthétique de l’image et du contenu symbolique. D’après lui, il est possible de les distinguer l’un de l’autre. Les “formules visuelles” de l’art sacré permettent d’illustrer des thèmes non religieux. L’apport le plus important, peut-être, de “Sarcophages syrien”, est que cette œuvre, comme les précédentes de Nizar Sabour, transforme notre compréhension de l’humain en Syrie, d’une représentation créée par un artiste particulier en une expression de l’art en général, et avant tout de la création artistique syrienne.

Quelques exemples choisis de personnalités mises à l’honneur par les “Sarcophages syriens”:

Fatef al-MoudarresFateh al-Moudarres: (1922-1999): Né à Alep, il est l’un des chefs de file de l’art moderne en Syrie. Après avoir étudié à l’Académie des Beaux-Arts de Rome, il a ouvert de nouvelles avenues à l’art dans son pays par ses idées libérales, enseignant à la Faculté des arts. Son studio damascène est aujourd’hui un centre culturel ouvert à tous.

SaadSaadallah Wannous: (1941-1997): Après avoir étudié le journalisme au Caire, a été pendant longtemps directeur de l’Institut de musique et de théâtre en Syrie. À la fin des années 60, il étudie le théâtre à Paris, où il découvre les dernières tendances de la scène européenne. Une décennie plus tard, Saadallah Wannous contribue à fonder la Haute école des arts du théâtre à Damas, où il enseigne. Il a aussi fondé le magazine Theater Life, dont il a été rédacteur en chef pendant des années. En 1996, il est choisi par l’UNESCO et l’Institut international du théâtre pour prononcer le discours de célébration de la Journée internationale du Théâtre le 27 mars, premier dramaturge arabe à obtenir cet honneur depuis le début de cette tradition en 1963.

Khaled al-AsaadKhaled al-Asaad: (1932-2015): Né à Palmyre, archéologue et directeur des Antiquités de la cité ancienne de Palmyre. Il a travaillé au sein de missions archéologiques américaines, polonaises, allemandes, françaises et suisses. Son plus haut fait d’œuvre a été l’inscription de Palmyre au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Grand connaisseur de l’araméen, il a traduit des textes jusqu’en 2011.

AdunisAdonis: Né à Lattaquié en 1930, il a mené une révolution moderniste “sismisque” dans la poésie arable, comparable à celle de T.S. Eliot dans la littérature anglophone. Son œuvre a remporté de nombreux prix; régulièrement pressenti pour le prix Nobel, Adonis est souvent qualifié de plus grand poète vivant du monde arabe.

Colette al-khouriColette al-Khoury: Romancière et poétesse née à Damas en 1931, elle est devenue célèbre par son œuvre littéraire mais aussi son engagement politique. Ses œuvres sont nées en grande partie du désir d’éviter un militantisme trop direct: l’écriture était pour elle la seule manière de s’exprimer et notamment d’explorer la psyché féminine, en particulier le droit de la femme à aimer selon son cœur.

Mohammad al-MaghoutMohammad al-Maghut: (1934-2006): Écrivain et poète né à Salamyeh, il est considéré comme le père de la poésie arabe en vers libres. Il a écrit pour le théâtre, le cinéma et la télévision. Il a reçu le Prix de la poésie de la fondation Sultan Bin Ali Owais (2005), la Médaille du théâtre expérimental du Caire (2000), le Prix de théâtre Said-Aq et le Prix de la poésie du journal An-Nahar (1950).

Maram al-Masri: Née à Lattakia en 1962, cette poétesse s’est installée en France en 1982, après avoir étudié la littérature anglaise à l’université de Damas. Elle est considérée comme “l’une des voix féminines arabes les plus marquantes de sa génération”. Ses poèmes ont été traduits dans plusieurs langues, dont le français, l’allemand, l’anglais, l’espagnol et le turc. Elle a notamment reçu le Prix Adonis du Forum culturel libanais, entre autres distinctions internationales.

Abed AzriehAbed Azriye: Né à Alep en 1945, ce compositeur est installé à Paris depuis 1976. Il travaille sur divers instruments occidentaux et orientaux, adaptant des textes arabes, sumériens et proche-orientaux, anciens et contemporains, pour des instruments traditionnels. Il a également traduit en français des textes classiques, telle l’épopée sumérienne de Gilgamesh.

Lotfi al-RamheinLotfi al-Ramhein: Né en 1954, ce sculpteur s’est formé à Carrare, en Italie. Considéré comme le plus important sculpteur syrien, il a été exposé dans le monde entier. Désormais installé en France, il travaille sur toutes sortes de matières premières (bois, pierre, marbre, métaux).

Khalil SweilehKhalil Sweileh: Né à Hassaké en 1959, romancier et journaliste, il a étudié la littérature à l’université de Damas. Il a reçu la Médaille de littérature Naguib-Mahfouz pour son roman Writing Love (2009) et le Prix du journalisme arabe (2010).

Mustafa AliMustafa Ali: Né en 1956, ce sculpteur a été formé à la Faculté des beaux-arts de Damas et en Italie. Il travaille sur divers matériaux, allant du bronze au bois. Situé dans la vieille-ville de Damas, son studio comprend une galerie, un atelier et une librairie d’art.